Réponse à l’inquisitrice illuminée qui lance sa chasse aux sorcières contre les gamers

Auparavant, ça poussait à sacrifier des chèvres à Satan et ça provoquait de l’acné. Maintenant, ça vous transforme en bébé hitler, selon des études forcément très sérieuses. Mesdames et Messieurs, voici le jeu vidéo selon les nouveaux puritains.

A n’être sous le contrôle d’aucune instance gouvernementale, le jeu vidéo et plus largement la culture pop sont le sujet de bien des fantasmes. Cela fait peur aux élites qui ne comprennent ni ne peuvent contrôler ce loisir. C’est ce dont on s’aperçoit en lisant la catastrophique tribune de Megan Condis, assistante d’un professeur d’études du jeu, dans le prestigieux et très politiquement correct New York Time.

Jeu vidéo et goût de l’effort

L’auteur de la tribune commence par écarter le fait que les jeux vidéos aient un lien avec le terroriste qui a frappé Christchurch en Australie, comme s’il y avait eu débat sur la question entre ses différentes personnalités intérieures.

Puis elle poursuit en soulignant que ce ne serait pas le jeu vidéo qui serait lui-même un vecteur d’extrême droite, mais bien le contexte autour, assène-t-elle sans expliciter ce qu’est ce contexte.

On pourra partir sur deux constatations. Tout d’abord, venant du NYT, on peut s’attendre à une interprétation très large et toute personnelle de ce que serait l’extrême droite, qui commence surement quelque part entre Bayrou et Bellamy.

Ensuite, refuser l’analyse du jeu vidéo est perdre de vue ce qu’il porte en lui-même. Le jeu vidéo porte des valeurs intrinsèques, la plus forte étant la résilience : le fait de recommencer et devenir plus fort et plus habile, malgré des épreuves de plus en plus difficiles, constitue la mécanique de base du jeu, ainsi que le détaille le docteur James Paul Gee dans son livre what video games have to teach us. Cette résilience conditionne l’esprit des joueurs à ne pas apprécier par exemple la discrimination positive qui rémunère les caractéristiques physiques de certains plutôt que le talent personnel et le goût de l’effort.

Des agents infiltrés

Puis l’auteur débute une théorie du complot qui ne la lâchera pas de tout l’article : de mystérieux et persévérants recruteurs d’extrême droite démarcheraient de pauvres joueurs. Ces recruteurs structureraient des arguments qui feraient voir les immigrants comme un danger. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, par quoi sont-ils motivés ? On ne le saura pas.

On notera que la Corée, pays le plus porté sur le jeu vidéo, est aussi contre l’arrivée de migrants. Coïncidence ?

De jeunes hommes blancs, imaginez ma bonne dame !

En tous cas à l’en croire, ces recruteurs vont sur les plateformes de gaming car c’est là où traînent les jeunes blancs désoeuvrés. Elle ajoute que ceux qui montrent un intérêt pour le discours de droite sont amenés dans un flux de rhétorique raciste de plus en plus soutenu. La célébrissime pente glissante.

Nous avons là un concentré de mauvaise foi, et d’inversion de la cause et de la conséquence : la raison même pour laquelle les jeunes hommes blancs dits cisgenre vont jouer aux jeux vidéos, c’est que ce lieu est le dernier dans lequel ils ne sont pas relégués automatiquement à l’écart du tissus social, cantonnés dans leur irréversible état de mâle (imaginez !) blanc (quelle indécence !) cisgenre (en fait-on encore des comme ça ?).

Si vous comprenez cette référence, vous êtes sur le bon article


En jouant, on part dans un univers imaginaire et merveilleux où, pour une fois, seul le talent individuel compte. L’auteur va même jusqu’à prétendre que l’humour “limite” serait un des modes de subversion à l’idéologie suprématiste. Comparé aux tentatives d’humour ouatées et gênantes du camp du Bien, on est vite “limite”.

Plus loin est avancée la thèse -contradictoire avec son propos précédent, mais passons- que le jeu vidéo serait aussi divers que la société, et que les suprématistes blancs, qui qu’ils soient (il est probable que dans sa classification personnelle, vous en soyez aussi) profitent de l’arrivée des “minorités” et autres LGBT dans le milieu vidéoludique pour pousser leur propre agenda.

La réalité est rigoureusement l’inverse de la situation décrite.

Une contre-culture vive

Pour échapper à cet agenda omniprésent qui pousse sans cesse à s’extasier sur la dernière communauté à la mode, les jeunes hommes blancs cisgenre qui n’intéressent plus personne trouvent refuge dans le monde du jeu ; la culture geek fournit leur imaginaire en quêtes épiques et autres pistolasers, bien plus intéressants que la nouvelle politique de recyclage des bouchons de bouteille ou le dernier quota obligatoire de roux chez les députés.

Mais jusque dans leur loisir, il faut leur casser les pieds. Même dans le jeu vidéo où seule la compétence compte, on leur explique qu’ils ne seront jamais aussi fabuleux que ceux avec une orientation sexuelle ou une carnation préférable. Alors sur les forums où l’on échange des astuces pour les jeux de stratégie, on en profite pour parler parfois politique, et relâcher la soupape de pression.

L’auteur le souligne elle-même : le jeu vidéo passe sous les radars du mainstream, des grandes télévisions et de l’industrie des loisirs classique. C’est donc une contre-culture, de la même manière que les radio pirates l’étaient dans les années 60. Ce qui s’y dit va subséquemment à l’encontre de la doxa dominante : c’est une réaction au discours dominant, et non l’inverse. Un courant de liberté dans un discours public verrouillé.

Il est urgent d’interdire

Notre collectiviste souhaite donc y mettre un coup d’arrêt impeccablement étatiste. Elle ponctue son discours de voeux vibrants pour une censure. Vite, des coupes claires ! Elle s’estime “tentée” à l’idée d’interdire la pratique du jeu vidéo, et déplore le manque de censure de la part des géants du secteur.

On lui concède, ainsi qu’elle le reconnaît elle-même, que les jeux vidéos ont la double casquette de loisirs et de machine à communication. Exactement, Madame le prix Nobel, c’en est devenu une, et c’est ce que l’on reproche à tous les tenants du Camp du Bien. Ils s’en sont servis trop longtemps dans leur sens, tordant les mondes imaginaires pour les faire coller à leur agenda, provoquant l’ire de ceux pour qui c’était devenu un refuge.

Ceux qui en premier ont politisé le jeu vidéo et les mondes imaginaires ne sont ni les développeurs ni les joueurs. Une contre culture qui leur déplaît a pris l’ascendant sur une partie des joueurs par effet de balancier politique, et cela leur déplaît.

Megan Condis, et tous les autres néo-puritains de la Team Progrès, les joueurs ne sont pas des petits bébés hitler en puissance. Oui, leur humour vous dérange et c’est pour ça que vous les accusez d’être d’extrême droite.

Par votre arrogance et votre irrévocable vocation à tout censurer, vous avez créé le monstre qui vous guette à présent d’un œil courroucé.

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