Pognon et Progrès

De nombreux studios de production culturelle ont investi le champ du Sacro-saint Progrès. À leurs dépends.

La lutte politique passe avant tout par une lutte culturelle, comme le montrait le sociologue Gramsci. Ainsi, en faisant peu à peu évoluer les contenus culturels, on transforme l’esprit des masses. Pour faire simple, au lieu de transformer tous les poissons de la mer, contrôlons la qualité de l’eau de mer. En l’occurrence nos écrans.

La Force est féminine ?


Aujourd’hui, l’heure est à la libération de toutes les communautés : les femmes, les non-binaires, les racisé.e.s, les rou.sses.x… Et il faut en mettre plein de partout. C’est ça qui, soit disant, plairait au public.
Le studio qui a le plus assumé cette position était le célébrissime LucasFilm, studio ayant donné naissance à la mythique saga Star Wars. La productrice du dernier opus, Kathleen Kennedy, a misé à fond sur la nouvelle doxa hollywoodienne, à savoir l’atout femme et le joker minorités. Pour la conception et la promotion de Les Derniers Jedis sorti en décembre 2017, toute la panoplie victimaire était prête. Kathleen Kennedy arborait même des t-shirt floqués « The Force is Female* » (la Force est féminine), au cas ou l’on douterait de ses intentions pour la franchise. Le scénario ressemblait à un prétexte pour une analogie grossière entre cette galaxie très très lointaine et le combat des démocrates hollywoodiens.

Leïa et Padmé remercient Kathleen pour son autorisation d’exister.

Sauf que, pour reprendre 99 francs, « ça va faire marrer vos quatre potes à Paris ». Et c’est ce qu’il s’est passé ; seul l’échec accueillit ce film, tant en termes de recettes que de réputation. Cette franchise, qui a chaque année rapportait davantage, a radicalement perdu en vitesse (1,3 milliards contre 2,1 milliards pour l’opus précédent), tout en détruisant intégralement le capital affectif que des millions de fans avaient investi dans l’œuvre universelle (à peine 7,2/10 sur ImDB, un petit 54% sur Rotten Tomatoes).
Ce que le public reproche au film ? D’être mauvais. Ce que répondent les studios ? Que les critiques sont des bots russes ou des suprémacistes . En effet, pourquoi s’ennuyer à créer un scénario, ou revoir sa copie, lorsqu’on peut prendre des alibis aussi solides que « notre nouveau personnage est asiatique » ou « vous avez peur des femmes puissantes » ? Dans une saga comme Star Wars où les femmes ont toujours été des décideuses fortes (Padmé Amidala, Leïa Organa), ce type de discours ne passe pas. Et il devient évident que la licence est désormais utilisée pour (et conspuée à cause de) forcer un agenda et une ligne politique dans l’espace public. Les recettes n’étaient pas anticipées comme si basses, et la gestion de crise, purement politique et non culturelle, a conduit à la mise sur la sellette de Kathleen Kennedy, sous la pression des actionnaires mécontents.
Là où l’équipe de Star Wars a ouvertement assumé sa volonté de tuer le mâle blanc afin de changer les mentalités (la mort de Luke Skywalker en est l’ultime preuve), d’autres productions, terrorisées par la perspective de se faire descendre par les nouveaux de paragons de vertu, tentent de satisfaire nos nouveaux inquisiteurs.

L’Histoire revue et rejouée

Le capitalisme culturel a cela pour lui de faire vivre un semblant de démocratie de consumérisme : un produit de loisir qui n’est pas acheté témoigne du désamour populaire pour ce qu’il véhicule.
Aussi les grands studios essayent-ils de faire coller leurs productions artistiques à la demande, à l’esprit du temps. Il peut arriver que leur vision soit brouillée par les médias et les réseaux sociaux, qui donnent une fausse impression de l’état d’esprit du pays réel. Mais être progressiste ne dispense pas de produire de la qualité.
Electronic Arts (EA) Games s’en est aperçu à ses dépends. En effet, ce monstre du jeu vidéo a estimé qu’il était temps, selon la supposée volonté populaire faussement exposée par la Team Progrès, de donner un bon coup de balai au blantriarcat  et de mettre en avant les femmes et les minorités. Dans rigoureusement tous les contextes. C’est ainsi que le jeu Battlefield 5 s’est retrouvé au cœur d’une polémique immense : dans cet opus de la saga, vous incarnez un groupe de combat de la Seconde Guerre Mondiale. Un groupe pour le moins iconoclaste : une femme handicapée, un afro-américain au visage peint en bleu…

On est complètement une armée régulière

La clientèle avertie et attentive n’a pas manqué de réagir à la bande-annonce du jeu sortie en mai 2018. Cette gronde a tout d’abord pris la forme de contestations sur les réseaux sociaux de EA Games. Inquiète, la maison a commandité une étude au cabinet d’analyse Cowen Group. Le résultat publié cet été fut sans appel : les précommandes et ventes allaient être extrêmement basses comparées à l’investissement sur ce projet. Un jeu peut se permettre un certain degré de fantaisie, mais un jeu qui prétend retracer un moment décisif de notre histoire moderne se doit de garder un minimum de sens. Et d’éviter un crash financier : les précommandes sont si basses, et les perspectives si mauvaises, que l’action EA Games, en constante augmentation depuis plus de cinq ans, a décroché depuis fin juillet et est en baisse depuis. Et Patrick Sodërlund, directeur graphique depuis vingt ans, a donné sa démission avant la sortie du jeu.

La minorité bruyante

Le cas Battlefield n’est pas isolé ; on citera par exemple Assassin’s Creed Odyssey, censé représenter la période de la Grèce antique, qui dépeint une cité où les femmes échangent avec les hommes comme égales, sans parler même du statut de métèque. On pense aussi à Rome Total War II, où un community manager a conseillé aux joueurs de ne pas acheter le jeu, qualifié de « silly »  (ridicule), car les généraux de l’armée romaine se trouvaient en proportion aberrante être… des femmes.

Mégenre-moi pas, fdp !

Maxime Laprise, docteur a l’université de Montréal, propose dans son article La jouabilité inclusive et l’histoire que sacrifier le réalisme historique au profit des représentations de minorités dans les productions culturelles est une invisibilisation (sic) des luttes réelles qui auraient été celles des minorités, rajoutées en fond vert sur le réel ; fadaises de gauche habituelles. De ce langage complexe ressort simplement que même le public visé par ces arrangements avec l’Histoire n’est pas satisfait.
Et quand bien même on souhaiterait contenter cette audience que ça ne serait pas rentable. Le cas Sense 8, série ultra-inclusive de Netflix, fut annulée au bout de deux saisons qui n’ont jamais décollées. Le directeur Ted Sarandos s’en est expliqué ainsi : « Le public était très passionné, mais il n’était pas assez large pour rentabiliser économiquement une production aussi grosse, même pour notre plateforme. » L’éveil des consciences n’intéresse pas suffisamment de monde pour que ce soit autre chose qu’un public de niche.

Le Progrès, avec l’argent des autres

Et nous revenons ainsi au cœur du propos : les studios de production ont trop longtemps cru qu’ils pouvaient se mettre à l’abri de toute critique grâce à la carte magique du Progrès. Ils ont cru que le Zeitgeist était du côté du marxisme culturel et qu’ils devraient produire de la complaisance en conséquence, en se basant sur les productions de propagande d’État qui semblaient très bien se porter, doctorats en études de genres à l’appui.
Mais à l’inverse des grandes chaînes publiques, ces studios sont tributaires non des caprices médiatiques de trois blogueurs intra-muros, mais de leur public cible, qui souhaite apprécier le peu de culture que l’on peut lui laisser sans avoir l’impression de se prendre une leçon de morale en prime.
Le jeu Red Dead Redemption, unanimement aimé par la critique et le public (10/10 EGM, 97% Metacritic), en est la preuve : vous incarnez un cowboy du début du siècle, avec toutes les opportunités et débordements qui anachroniquement nous paraissent terribles. Mais à l’inverse de ses concurrents, il ne prend pas le parti de réécrire l’Histoire dans le but de ne pas choquer nos âmes infantiles. Au risque que certains, excédés de la propagande environnante, en profitent pour faire tuer des féministes ou déporter des mexicains par leur personnage de jeu . Mais outre ces excès, le jeu est crédible, les joueurs achètent…Et les actionnaires en redemandent.

Le Major Carter a un truc srx à te dire sur la place des femmes dans le monde geek

Au final, le problème n’est pas tant de mettre des femmes ou des minorités dans les productions culturelles, que de le faire de manière si grossière pour pousser un agenda politique. Il y a toujours eu des femmes fortes dans les univers imaginaires (Ripley de Alien, Carter de Stargate, Samus de Metroïd…), mais les pousser devant les yeux des consommateurs pour « changer les mentalités », ou simplement vendre plus, vaccine de leur propagande, tout en étant infiniment plus sexiste que tout ce qu’ils prétendent combattre. Et évidemment critiquer ces merveilles modernes ferait de nous des horreurs fascistoïdes.

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